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La cohabitation, le « considerisme » et la future société durable

cohousing

Cet article est également disponible en: Anglais, Chinois traditionnel

De Bevis Watts – Direction de la banque d’affaires chez Triodos.

En tant que société, notre focus sur la durabilité est fortement biaisé par des considérations environnementales ou par le développement de nouveaux produits et technologies en vue d’aborder les changements climatiques. La réalité est que ces solutions ne seront pas efficaces à moins que nous soyons tous appellés, en tant qu’êtres humains, à prendre davantage de responsabilité dans notre vie quotidienne et dans les décisions que nous prenons. Chez Triodos, nous croyons qu’une société peut être durable seulement si l’on peut instaurer une façon différente d’agir les uns avec les autres – une façon qui découle d’un choix conscient. Je le perçois comme un nouvel âge de ce qu’on pourrait appeler le « considerisme ».

Que signifie alors le considerisme en action ? Une tendance émergente et inspirante est la cohabitation. Le développement conventionnel répond aux besoins immédiats d’habitats individuels. En dehors de quelques espaces extérieurs partagés, il n’y a que très rarement question d’un sol commun – entre les espaces et les gens qui y vivent.

La cohabitation répond à ces besoins d’une façon opposée. Elle permet la création d’une communauté à travers un développement partagé de l’espace de vie, qui comprend à la fois des aires communes et des parties privatives. Dans le passé, les communautés en cohabitation étaient seulement ouvertes à ceux qui pouvaient se payer une part (ou unité) dans son développement. Maintenant, les associations résidentielles s’y intéressent, et il est possible de rejoindre certaines communautés sur une base locative. De plus, les résidents paient un service qui couvre la maintenance des aires communes et les factures de consommation. C’est une façon de combattre l’isolement dont de nombreuses personnes souffrent aujourd’hui, en recréant le sentiment d’un village traditionnel dans un quartier urbain. Oui, il s’agit de fournir des habitations, mais dans une société durable, c’est plus qu’une chambre pour soi…

Lancaster Cohousing est derrière le deuxième plus important projet de cohabitation au pays, à Forge Bank près de Halton dans le Lancashire (Le premier était Springhill, qui fut ouvert en 2003 près de Stroud dans le Gloucestershire.) En 2005, un groupe de visionnaires a réussi à créer un plan de communauté intergénérationnelle fondée sur des valeurs écologiques, la confiance, le respect, l’amitié et la compréhension, et qui vivrait aux limites du « design durable ». Il devint une corporation sans but lucratif en avril 2006 et après cinq ans de planification, la construction débuta en août 2011. Maintenant, les futurs résidents se préparent à leur déménagement qui est prévu ce mois ci.

Dans le développement de Forge Bank, financé par la Triodos Bank, chaque résident aura sa propre maison, mais il aura également accès à une maison commune, avec une cuisine partagée et une salle à manger, où les résident pourront cuisiner régulièrement et partager les plats. Les autres équipements communs comprennent les jardins, les chambres d’invités, les salles de jeux pour enfants et le lavage. Ceci est créé selon les plus hauts standards de qualité en tant que « passivhaus », requérant un minimum d’éclairage et de chauffage, et la présence d’équipements communs signifie que les habitations peuvent être d’une taille réduite par rapport aux développements conventionnels.

Un schéma de covoiturage – utilisé seulement ponctuellement – remplacera les véhicules personnels.

Arriver si loin, ne fut pas chose facile, affirme Luke Mills, un des membres fondateurs. Une communauté avec aucune expérience et naissante, a du surpasser de nombreux enjeux, de la revitalisation d’un vieux moulin à l’installation d’un boiler d’eau chaude au bois, au développement d’un réseau hydroélectrique de 160 KW (de pair avec une plus grande communauté à Halton).

« Nous avons tous gagné une pénible douleur et des cheveux gris », mentionne-t-il. « Toutes les décisions se font en consensus, et le besoin d’accepter le compromis peut laisser certaines personnes blessées. Mais ceci n’a point réduit le désir d’une plus grande « connexion » avec ses voisins – un besoin que des années de communauté autour de Londres n’ont pas rempli.

À un certain niveau, joindre un projet de cohabitation requiert une certaine foi. Ce n’est pas seulement une question d’efficience et de partage de ressources communes. La structure entière pousse les membres à devenir beaucoup plus conscients de l’impact de leur vie sur la communauté dans laquelle ils vivent – et de leur contribution personnelle à son bien-être. Il y a un engagement à participer activement avec ses voisins, à une vie devant sa porte.

Pour certains, c’est un engagement qui va trop loin, mais pour ceux qui sont prêt à faire l’effort récoltent une récompense ultime – faire partie d’une vraie communauté en cohésion. Et peut-être en mettant l’emphase sur des besoins au-delà que ses propres besoins individuels, ils deviennent une inspiration pour nous tous.

Cet article est apparu à l’origine dans Green Futures, le magazine d’experts indépendants sur le développement durable de Forum for the Future. Images via seier+seier et Lancaster Cohousing

Traduit de l’anglais par Felicia Todor.