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Leçons du Caire : comment des interventions urbaines à petite échelle transforment la ville

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Cet article est également disponible en: Anglais

La ville du Caire, à l’instar de bien des villes, est profondément marquée par la fragmentation et l’hétérogénéité. C’est une ville complexe dont l’espace public est endommagé. Bien que les politiques érigent le manque de fonds en excuse pour ne pas mettre en place des améliorations significatives, l’argent n’a rien à voir avec l’innovation et la créativité. Des interventions peu coûteuses et de court terme peuvent donner confiance aux habitants et leur montrer que des changements sont en cours.

Imagine une ville comme une enveloppe urbaine composée de sols, murs, toitures, et d’habitants. Comment ces composantes ayant une capacité limitée peuvent-elles impulser le changement ?

Certaines initiatives urbaines de petite échelle sont un outil puissant permettant de relier les gens à l’espace, comparativement aux plans coûteux du gouvernement. Ces initiatives, présentées ci-dessous, sont de bons exemples d’ « acupuncture urbaine » qui ont le potentiel de guérir la ville du Caire.

Le « tapis » du Caire

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La manière dont le sol d’une ville est pavé est porteuse de sense et génère une expérience sensorielle de la marche ainsi qu’un lien à l’espace. A Freiburg en Allemagne, toutes les rues de la vieille ville possèdent un revêtement des sols unique, composé d’un agencement esthétique de galets de différentes couleurs et tailles. A l’opposé, le Caire n’a pas prêté attention au revêtement de ses sols. Par conséquent, CLUSTER (le Laboratoire d’Etudes Urbaines, de Formation et de Recherche Environnementale du Caire), DEDI (l’Institut Danois/Egyptien pour le Dialogue), et CKU (le Centre pour la Culture et le Développement à Copenhague) ont annoncé le lancement du projet « Passages du Centre-Ville du    Caire » [Cairo Downtown Passages]. Le but de cette initiative est d’intervenir sur des ruelles peu utilisées du centre-ville. Les allées Kodak et Phillips ont été choisies comme sites pilotes. Un atelier de désign s’est tenu en avril 2014, impliquant divers acteurs y compris habitants, propriétaires des boutiques, vendeurs des rues, et organisations travaillant à la préservation du patrimoine. Ce projet est un bon exemple de planification participative, ainsi qu’un concept pour la réinvention des espaces liminaux du centre-ville pouvant mener à des changements plus importants.

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Colorier la ville du Caire

Le Caire est réputé pour être une des villes les plus peuplées au monde. La ville est souvent couverte d’un nuage gris de poussière et de brouillard. Mais les couleurs influencent directement notre santé et notre humeur. Peut-on diminuer la frustration des habitants et améliorer leur humeur, satisfaction et productivité en coloriant cette ville grise ? Deux projets indépendants ont récemment été lancés afin de rendre ses couleurs au Caire:

Colorier une ville grise

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Un groupe d’étudiants en licence, poursuivant des études en décoration d’intérieur au département des beaux arts de l’université Helwan, ont lancé une campagne visant à donner des couleurs aux cages d’escalier, murs et reverbères afin d’amener confort, bonheur et joie de vivre à la classe ouvrière du Caire. Le groupe a parcouru la ville pour apporter de la lumière à ses rues, introduisant un élément ayant le potentiel de transformer la vie des habitants. Les étudiants souhaitent étendre cette initiative à l’ensemble du pays. Le soutien du gouvernement s’est borné à donner au groupe la permission de peindre.

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Peindre les antennes paraboliques du Caire

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La ligne d’horizon du Caire est piquetée de millions d’antennes paraboliques poussiéreuses. Ce panorama déprimant a inspiré l’artiste américain Jason Stoneking, qui a décidé de transformer les toits du Caire. Il s’est mis à peindre les toits d’Ard-Ellewa – un quartier informel à l’ouest du Caire où il réside. Beaucoup d’habitants l’ont alors invité à peindre d’autres antennes paraboliques à Ard-Ellewa ainsi que dans d’autres parties de la ville. Cette initiative innovante insuffle luminosité et dynamisme au panorama urbain du Caire.

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Humour au Caire

Comment s’amuser un peu au Caire, et combien cela coûte-t-il ? Deux gars ont mené une expérience de rue au Caire : Hossam Atef, un photographe freelance, a convaincu son ami Atef Saad, un chef, à jouer à Spiderman dans les rues du Caire. Atef s’est vêtu d’un costume de Spiderman et a parcouru les rues de la capitale afin de mettre en lumière les défis auxquels les habitants du Caire font face au quotidien. Avec humour, Spiderman tente en vain de monter à bord d’un bus bondé, s’accroupit sur le toit d’un taxi, conduit un tuk-tuk, et fume la shisha sur un toit. L’expérience a montré que même les super-héros ont du mal à supporter le mode de vie égyptien. Cette initiative locale peut amener joie de vivre aux Cairotes, et renforcer la solidarité.

L’argent n’est pas le seul facteur à prendre en compte pour insuffler une dynamique du changement. Des actions de court terme doivent être intégrées aux plans de long terme. Dans ce sens, le gouvernement doit changer sa stratégie visant à construire toujours plus de méga-projets. Impliquer les habitants et mettre en place des actions locales à petite échelle bénéficient au plus grand nombre. Une participation citoyenne authentique favorise l’intégration sociale et la solidarité, mais les initiatives locales doivent également être soutenues par l’ensemble des acteurs urbains afin d’en garantir la pérennité. Des actions à court terme peuvent être testées et servir à construire la confiance, en montrant aux habitants que certains changements sont en cours. Les gens sont une source d’inspiration formidable et ils ont le droit prendre le pouvoir.

Abdelbaseer A. Mohamed est un universitaire en visite à l’université américaine de Washington DC, et effectue un doctorat à l’université de Ain Shams au Caire, en Egypte.

Traduit de l’anglais par Elsa Burzynski