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Les défenseurs du cyclisme urbain ont-ils besoin d’une dose d’Hollywood?

brisbane bike lane

Cet article est également disponible en: Anglais, Espagnol

La semaine dernière, @CoxyRidesAgain m’a envoyé un tweet décrivant l’un de ses rêves : une piste cyclable dans la rue Sylvan à Brisbane. J’ai répondu: « Développe un plan d’action en incluant les choses que tu peux influencer et contrôler – ignore le reste – puis on en parlera autour d’un café ». « Je ne suis pas totalement certain de ce que je peux influencer ou contrôler », m’a-t-il répondu. Cela m’a fait penser que, pour faire de nos rêves une réalité, il est crucial de travailler ensemble à leur réalisation.

Mon amie Inke travaille à Hollywood. Dans les films, le moindre petit détail fait l’objet de recherches rigoureuses – aucun détail n’est laissé au hasard. Tous ce qui peut être examiné l’est. Les défenseurs du cyclisme urbain ont-ils alors besoin de se comporter comme Hollywood?

Je pense bien que oui.

Les pistes cyclables coûtent de l’argent et leurs vertus sont souvent remises en question. Si l’on souhaite que le cyclisme joue un rôle central dans nos villes, il nous faut davantage de données afin de démontrer l’existence d’une corrélation directe entre pistes cyclables et économie urbaine. En Australie, il est crucial d’améliorer la manière dont nous collectons des données sur le cyclisme urbain. Urbanistes, ingénieurs, économistes, chargés de politique urbaine, décideurs, société civile et acteurs du lobbying – tous doivent participer à améliorer la quantité et la qualité des données collectées, à la fois avant et après la construction d’infrastructures cyclables. Il nous faut également développer une méthodologie cohérente afin de justifier et évaluer l’impact de telles infrastructures. Enfin, il nous faut travailler en partenariat avec les associations de commerçants et d’entreprises afin de mesurer et surveiller objectivement les changements ayant lieu. Sans ces données « avant/après », le vélo comme moyen de transport est incapable de faire le poids dans la chasse aux financements publics.

Je propose donc de promouvoir le vélo comme moyen de transport comme si nous étions à Hollywood, et ce en trois étapes :

  1. Collectons des données sur les dépenses des cyclistes urbains

Imaginez que vous calculiez combien d’argent vos camarades cyclistes et vous-mêmes dépensez collectivement, la prochaine prochaine fois que vous vous trouvez ensemble dans un café. Imaginez que ce café du coin envoie un tweet disant que « 30 personnes à vélo viennent de dépenser $600 en café et petit déjeuner avant 7h du matin ». Il est fort possible que cela convainque bien des commerçants à soutenir les pistes cyclables.

  • Une étude menée par Alison Lee dans la rue Lygon, à Melbourne, démontre que chaque mètre carré dédié au stationnement des vélos génère $31 par heure, contre $6 pour chaque mètre carré dédié au stationnement des véhicules.
  1. Demandons aux commerçants de collecter des données sur le nombre de clients arrivant à vélo chez eux

Imaginez que les commerces du coin puissent presser un bouton situé sur leur caisse afin d’enregistrer le nombre de clients qui arrivent à vélo. Imaginez que le marchand de fruits et légumes, le marchand de journaux et le café du coin enregistrent tous des centaines de clients arrivant à vélo. Cela suffirait à démontrer le bien-fondé commercial de l’installation d’infrastructures et de parkings réservés aux vélos dans les quartiers commerçants.

  • J’ai travaillé avec plusieurs attractions touristiques en Grande-Bretagne. Nous avons calculé le nombre de visiteurs qui arrivaient en bateau, en bus et à vélo. Nous avons utilisé ces données, accumulées en continu, afin de soutenir des demandes de financements dédiés à la construction de nouveaux équipements (nouveaux arrêts de bus, emplacements de stationnement pour les vélos).
  1. Interrogeons nos voisins sur leurs vélos

Imaginez que l’on recense tous les vélos présents dans nos quartiers ou nos rues. L’enquête sur la participation cycliste menée par le Gouvernement Local d’Australie en 2012 a montré que plus de la moitié des ménages enquêtés avaient accès à un vélo en état d’usage.

Imaginez que l’on interroge les habitants de nos rues sur leurs vélos et l’état de ceux-ci. Je suis certaine que cela permettrait de calculer plus précisément la demande sous-jacente existant vis-à-vis du cyclisme urbain dans chaque quartier.

  • Dans les Cornouailles, j’ai travaillé à la mise en place d’un système de collecte de données sur les trajets vers et depuis les écoles effectués chaque mois. Ce projet, demandant un effort de cinq minutes, a fourni aux écoles des données en temps réel pour leurs exercices de mathématiques, ainsi que des données convaincantes à la mairie permettant de justifier la construction de nouveaux sentiers et pistes cyclables.

Si nous voulons vraiment encourager le cyclisme urbain dans nos banlieues et nos villes, et si nous voulons que le vélo comme moyen de transport puisse bénéficier de financements publics, alors il nous faut créer des plans d’action – ou des listes – reposant sur des aspects que nous pouvons influencer et contrôler, et ignorer le reste. Tout le monde peut participer à la collecte de données – même s’il ne s’agit que de documenter nos dépenses collectives au café du coin lors de notre promenade à vélo familiale du dimanche après-midi. Les défenseurs du cyclisme urbain ont le même rêve: tous veulent que de plus en plus de gens circulent à vélo et tous veulent que leurs rêves deviennent réalité.

Etes-vous satisfait(e) des données existant sur le cyclisme urbain? Que feriez-vous pour faire avancer ces trois idées? Pensez-vous pouvoir envoyer cet article à quelqu’un qui sera prêt à participer à la collecte de nouvelles données?

Ecrit par Rachel Smith, responsable de la planification des transports chez AECOM à Brisbane. Elle est la fondatrice de Cycling Super Highways, la créatice de We Heart Cycling et la co-fondatrice de Lazy Sunday Cycle, et fait partie du BMW Guggenheim Lab.

Image via Ash Kyd

Traduit de l’anglais par Aramide Oladipo