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Les villes secondaires d’Asie négligent-elles leur présence en ligne?

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Cet article est également disponible en: Anglais

Google reçoit régulièrement des demandes de suppression de contenus de la part de municipalités du monde entier. Il s’agit de requêtes émanant d’une organisation ou d’un individu et exigeant que Google supprime un contenu (ou un lien vers ce contenu) jugé erroné ou préjudiciable d’une manière ou d’une autre. Google n’accepte que rarement. Mais cela démontre trois choses:

1. Les municipalités sont conscientes qu’il est important de gérer leur image auprès du public.

2. Les municipalités comprennent qu’internet joue un rôle vis-à-vis de leur réputation.

3. Les municipalités cherchent à manipuler leur image en ligne.

Pour se renseigner sur une nouvelle destination, la majorité de mes connaissances font une recherche sur Google. Et le type de pages et d’informations que Google leur propose les aide à prendre des décisions – sur ce qu’ils feront dans la ville choisie, combien de temps ils y resteront ou même s’ils choisiront de s’y rendre. Les villes proposant des informations utiles et claires aux touristes (ou aux investisseurs) sont donc nettement plus séduisantes.

Marketing urbain

Voici quelques éléments de théorie de la part de deux spécialistes du marketing urbain. D’abord, Keith Dinnie, qui est en quelque sorte un gourou international en matière de marketing urbain:

Alors que les villes sont en concurrence à l’échelle mondiale pour attirer les touristes, les investisseurs et les talents ainsi que pour atteindre d’autres objectifs, elles adoptent de plus en plus des concepts en matière de stratégie marketing empruntés au monde des affaires, qui sont appliqués aux champs du développement urbain, du renouvellement urbain et de la qualité de vie. (City Branding: Theory and Cases. 2011 p. 3)

Puis une citation de Magdalena Florek, une autre spécialiste du marketing urbain:

De nos jours, les sites internet sont des outils fondamentaux, populaires et nécessaires en termes de marketing urbain… Grâce aux sites internet, les villes peuvent développer leur image de marque en mettant en avant leur système d’identification ou leur marque visuelle (logo, slogans, couleurs etc), ce que la ville peut offrir (packs pour les marchés cibles, liste des distractions touristiques, événements, photos etc), et le comportement de la ville (actualités, projets, plans et politiques etc). Elles peuvent également favoriser les interactions avec divers groupes d’intérêt à travers des forums et bulletins d’information. (City Branding: Theory and Cases. 2011 p. 82-83)

Autrement dit, les sites internet sont importants parce qu’ils font la publicité des villes, contribuent à les promouvoir et construisent l’image digitale de celles-ci. Prenant acte de ce fait, j’ai mené une rapide enquête sur la présence en ligne des villes secondaires d’Asie en me concentrant sur les pays membres du projet Dialogue sur le Développement Asiatique [Asia Development Dialogue]. Quelle a été mon impression générale et quels pays s’en sont le mieux tirés?

Une synthèse des résultats

Pour commencer, je dois préciser que je ne revendique aucune rigueur académique ou méthodologique: mon échantillonnage était aléatoire et mes critères d’évaluation, subjectifs.

Trois remarques méthodologiques:

  • Je n’ai cherché que le nom des villes – par exemple, Chittagong – sans utiliser d’autres mots-clés.
  • Je n’ai passé en revue que la première page de résultats sur Google (soit les dix premiers résultats de recherche) parce que, soyons honnêtes, pour la majorité des utilisateurs, seule la première page de résultats compte.
  • Je n’ai pris en compte que quatre sites internet. D’abord, le site internet de la municipalité; deuxièmement le site de son office du tourisme; puis sa page Wikipédia et enfin sa page WikiTravel.

Toutes les villes prises en compte ont une page Wikipédia et presque toutes ont une page WikiTravel (sauf Martapura en Indonésie et Rawalpindi au Pakistan). Voici les résultats:

Les sites municipaux comportent des actualités et informations générales sur la ville à destination des habitants. Ils peuvent aussi énumérer les services que la municipalité fournit à ceux-ci. Les sites des offices du tourisme ciblent les touristes domestiques et internationaux et ont tendance à essayer de mettre en avant les attractions de la ville.

Un paysage digital plutôt décevant mais quelques bonnes surprises

Dans l’ensemble, les villes secondaires du Viêt Nam, du Pakistan et de Thaïlande sont les moins bien représentées. Seules deux des onze villes prises en compte disposent de sites municipaux, et aucune d’entre elles ne possède de site touristique. Les sites des municipalités ont tendance à présenter informations et conseils dans la langue locale, ce qui est une bonne chose pour les citoyens – bien moins pour les touristes ou les investisseurs internationaux. Les visiteurs internationaux se tournent vers d’autres sites internet pour obtenir des informations sur ces villes.

En général, il faut souligner un manque de qualité globale en termes de communication digitale dans la région. Si vous comparez la qualité des sites internet des villes secondaires en Asie avec celle des sites des villes secondaires d’Amérique latine, ces derniers sont beaucoup plus esthétiques. Cela ne peut être uniquement dû à un niveau de développement économique supérieur, à un meilleur accès à internet ou à la présence de développeurs qualifiés.

Les sites internet des municipalités ont tendance à présenter leurs informations dans les langues locales. C’est compréhensible, mais, en l’absence d’un site touristique en anglais, il serait bien que les villes secondaires suivent l’exemple de la ville de Hai Phong. Celle-ci propose un unique site tout-en-un qui inclut des informations à destination de ses habitants mais aussi des touristes et des investisseurs. La langue par défaut du site est le vietnamien, mais le site peut également être consulté en anglais, chinois et japonais.

Il existe cependant quelques exceptions notables à ce panorama digital plutôt sombre, et elles méritent d’être mentionnées. Par exemple, en plus d’un site internet municipal standard, la ville de Chittagong a lancé un site touristique à la fois utile et agréable. Ce dernier fournit des informations claires sur les principales attractions touristiques, les hôtels et les restaurants, et propose de belles images qui chargent très vite.

En général, les sites internet des villes des Philippines s’en sortent le mieux. Toutes les villes prises en compte possèdent des sites municipaux et la moitié d’entre elles (ce qui revient à deux villes sur quatre) possède également des sites touristiques. C’est de loin les résultats les plus encourageants pour l’ensemble des pays pris en compte. Beaucoup ont à la fois une page Facebook et un site internet. Et en général, les sites des municipalités philippines apparaissent en haut de la page de résultats de recherche sur Google. A l’inverse, les sites des municipalités de beaucoup d’autres pays se trouvaient en bas de page – en position huit ou neuf sur dix – et étaient précédées par des sites promouvant hôtels et restaurants (à l’étranger) ou proposant des actualités locales. Peut-être que les villes philippines travaillent à l’optimisation de leur moteur de recherche. Davao est la ville dont le site municipal et le site de l’office du tourisme sont les mieux classés dans les résultats de recherche, respectivement en deuxième et troisième positions (avec la page Wikipédia en première position).

Bien évidemment, on peut interpréter ces résultats de plusieurs manières. Je pense que la décentralisation, la transparence, la participation citoyenne et l’accès à l’information aux niveaux inférieurs du gouvernement sont cruciaux. J’ai laissé ces aspects de côté pour cet article, mais on peut noter qu’il existe des points communs entre les pays dont les villes secondaires sont apparues les moins bien classées. On peut conclure en affirmant que, dans une région où le tourisme est un secteur central et en pleine croissance, il est important que les villes améliorent leur image de marque en ligne.

Ecrit par Rowan Fraser. Cet article a été publié pour la première fois sur le blog d’Asia Development Dialogue

 

Traduit de l’anglais par Aramide Oladipo