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Mozambique : Le “Mur du peuple” de Maputo

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Cet article est également disponible en: Anglais, Chinois traditionnel, Espagnol, Perse

De Joao Fernando Finazzi chez Global Voices

Alors que nous assistons de plus en plus à l’arrivée de nouvelles technologies qui facilitent la communication et la transmission de l’information, comme les smartphones, les tablettes, Twitter ou Facebook, à Maputo, capitale du Mozambique, le Mur du Peuple a fait son apparition sur le grand mur extérieur du bâtiment qui abrite le journal [email protected] [en portugais]. La population peut y écrire des messages et des réflexions qui concernent directement leurs dirigeants politiques au pouvoir.

C’est une forme de communication originale, dont l’efficacité et l’accessibilité sont inhérentes à son extrême simplicité. Dans un sens, il se pose en authentique « mur Facebook hors ligne », comme il a été imaginé [en anglais] sur le blog Menina do Javali :

L’idée de ce mur était de créer un espace permanent et hors ligne pour les lecteurs pour lire (simplement) et pour commenter (simplement).

Par conséquent, seule une craie est nécessaire pour que chaque citoyen exprime sa revendication publiquement et ouvertement, que ce soit à propos de l’éducation, de la santé, de la sécurité, ou toute autre demande adressée aux autorités publiques ou aux dirigeants. De cette façon simple, le droit des citoyens à pétitionner et à formuler des exigences s’accroit.

Ce mur s’inspire du projet “Before I Die” imaginé par Candy Chang, initialement mis en place à la Nouvelle-Orléans (aux Etats-Unis), dont on a parlé à l’international, et qui  s’est exporté dans de nombreuses cités à travers le monde entier. Il s’agit de la transformation d’un mur en une immense peinture murale avec la phrase suivante « Avant que je meure________ » répétées  à l’infini, et complétées par des personnes qui, en participant de cette manière, partagent leurs espoirs et leurs rêves dans l’espace public.

Le Mur du peuple de Maputo, qui a officiellement été lancé le 20 janvier, est dès à présent accessible aussi sur la Toile : il est donc possible de suivre les messages qui y sont inscrits dans la rubrique Cidadão Repórter (Reporter Citoyen) [en portugais] du site internet du journal. De plus, les problèmes évoqués sur le mur sont classifiés et organisés par lieu et date, et constituent peu à peu une importante base de données qui peut être consultée.

Un des sujets qui revient fréquemment sur la plateforme Reporter citoyen est la corruption [en portugais] de la police. Sur le Mur du peuple, un citoyen a écrit le message [en portugais] suivant aux autorités :

A la police chargée de la sécurité routière, arrêtez la corruption. Si vous arrêtez, notre pays va se développer. Comment pouvons-nous nous développer si vous nous prenez le peu que nous gagnons si durement en une journée ?

D’autres expriment leur inquiétude sur l’éducation, comme le nouvel impôt qui réduit les salaires des professeurs [en portugais] pour couvrir les frais de l’organisation d’un congrès du parti FRELIMO [Front de Libération du Mozambique, lien en portugais], les conditions dans lesquelles étudient les enfants [en portugais], ou le manque de fournitures scolaires dans les écoles [en portugais] :

Le magnanime premier Président de la République disait : nous faisons des écoles un lieu où le peuple prend le pouvoir. Mais si nous remarquons, mesdames et messieurs, que de nos jours le pouvoir s’est emparé du peuple, nous constatons des faits extrêmement graves lorsque l’on parle de l’éducation de façon concrète. Aucun des lycées de ce pays ne possèdent de nouveaux livres au programme dans leurs bibliothèques, et tout cela fait que le futur de ce pays est  en suspens et ne peut pas savoir ce que ces écrivains disent à propos du monde. Nous voulons de nouveaux livres inscrits au programme dans nos bibliothèques (lycée Polana).

Le Mur du peuple de Maputo est une initiative médiatique citoyenne qui mérite l’attention : elle permet la pratique de la citoyenneté  grâce à l’information publique et contribue à l’amélioration des relations entre individus, du  lieu où ils vivent et profite à la communauté dans son ensemble. Qui sait, peut-être que le mouvement des “murs du peuple” deviendra international, tout comme l’a été son inspiration.

Traduit par Gael Brassac