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Tokyo Tanuki: Apprendre par l’observation des animaux mythiques urbains

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Cet article est également disponible en: Anglais, Espagnol

De Chris Berthelsen, Jared Braiterman et Jess Mantell

Explorer la faune urbaine génère des découvertes inattendues sur les façons de mieux adapter la vie urbaine aux échanges et au partage. À la manière des édifices et des citoyens, les animaux ont eux aussi une histoire urbaine, une dimension structurelle, temporelle et contextuelle.  L’architecture animale nous aide à mieux comprendre les matériaux et les structures du passé. Elle tourne notre attention vers la cohabitation dans des micro espaces, vers les comportements et les relations inter-espèces.

Le Tanuki du Tokyo

Notre recherche récente se situe dans le Studio Créatif de revitalisation et de manifestation urbaine du Tanuki (S.C.R.O.T.U.M) et cible le Tanuki –  un membre de la famille canine ressemblant au raton laveur (communément connu sous le « raccoon dog » en anglais). En plus d’être un vrai animal qui se loge dans les racoins des allées de Tokyo, les corridors fluviaux et les alcôves, c’est également un animal muni de très gros testicules, un point central et figuratif du folklore japonais et de la culture populaire.

(De Jess Mantell)

Les trouvailles de cette recherche suggèrent plusieurs interventions architecturales: (1) la mise en valeur des environnements claustrés et enfouis à cause des déchets et d’une faible lumière ambiante, par le lien des cours d’eaux, des alcôves et des réseaux alimentaires; (2) une transition d’une infrastructure fixe à des structures ultralégères, mobiles et malléables au fur et à mesure (en se basant sur les habitudes du Tanuki) (sketchs sommaires ici) ; et (3) alimenter nos besoins d’apprendre à partir des autres espèces à travers les blagues, la magie et la générosité.

Habitat

Dans sa vraie forme, le Tanuki de Tokyo est synonyme de voies sombres, de micro espaces froids et de sites traditionnels de culte. Dans sa forme mythique, il nous rappelle l’importance des habitats confortables et sensuels. Les modifications urbaines suggérées incluent le remplacement des corridors bétonnés par des chemins de terre, un éclairage jusqu’à l’aube et de nouvelles formes de sociabilité inter-espèce (ex : cueillette de fruits en coopération et partage des aliments). Les alcôves et les allées arrière peuvent être ré imaginées de façon à repenser les points d’intérêt du Tanuki, ce qui est en lien avec nos traditions locales et avec toute possibilité d’improvisation.

Les allées humides et étroites aident le Tanuki à se reposer et à se déplacer dans la ville. Pouvez-vous le voir ici ? (De Jared Braiterman)

Structures malléables

Si on plonge dans les représentations Edo-period ukiyo-e de Kuniyoshi, on découvre une diversité de structures de vie urbaine en forme de poches (voir images ci-dessous) – des sources alimentaires (des filets pour attraper des poissons, des oiseaux et des fruits), du divertissement (des marionnettes peintes et des freak-show), un festival de décorations, des abris et de la chaleur (avec des couvertures et des oreillers d’urgence), de la mobilité (des bateaux de poches, ou transportant de lourdes charges), et du commerce (signalisation et kiosques). Les testicules du Tanuki suggère une série de représentations mentales de mobilité, de charges ultralégères, et des adaptations contextuelles (voir image ci-dessous cueillant des fruits)  qui dépassent l’efficience de la production de masse et des économies d’échelle, et en même temps sortent de la standardisation et du paradigme en prototype.

Au-dessus: Samugari tanuki (Tanuki s’abritant du froid.) En-dessous: Hatsuuma no tanuki (Tanuki sous forme de marchand célèbrant la première vente du Nouvel An et battant un grand tambour sous-forme de testicule) (De Kuniyoshi Project)

(De Jess Mantell)

Blagues morales

Durant les années 90 Studio Ghibli a montré le penchant du Tanuki pour l’éco-terrorisme (aveuglant les conducteurs de camions et bloquant les rues), la désobéissance civile (festivals d’horreur dans les rues de nouvelles banlieues), saisissant les manifestants (voir image ci-dessous) pour illustrer ses habilités à défendre les habitats urbains (sketchs présentés ici (PDF, 1MB)). Dans la culture d’une relation plus joviale avec le Tanuki (voir image finale), on peut imaginer des petites blagues morales et quotidiennes (plaçant des poteaux devant les jeunes usagers de téléphones intelligents, enlevant des trottoirs en-dessous des jeteurs de buds de cigarettes, et faisant de la place aux femmes enceintes et aux personnes âgées sur le transport en commun) ce qui nous rappelle doucement qu’il faut chérir notre environnement et nos relations.

Le Tanuki protège son habitat en gonflant ses testicules et les projetant sur les manifestants (De 平成狸合戦ぽんぽこ Heisei Tanuki Gassen Ponpoko)

Fin

Considérer les animaux urbains réels ou mythiques permet d’élargir l’idée d’adaptation au-delà des structures spatiales, du service et des stratégies, ou de tout ce qui cible les artefacts physiques, montrant une façon de repenser les micro espaces et les relations humaines dans le design urbain et environnemental.

 Une expérience qui accueille le Tanuki au cœur de Shibuya (De Jared Braiterman)

Traduit de l’anglais par Felicia Todor.